Le journal, ce mal-aimé

Hélène Gingras - Gravité Média -
Le journal, ce mal-aimé
(Photo : Pixabay)

Vous arrive-t-il de vous sentir mal-aimé?

Je n’ai pas de problème de popularité. Comment je le sais? Parce que si je ne suis pas livré à votre porte le jour habituel, vous n’hésitez pas à appeler pour décrier la situation. En rappelant que c’est votre droit de me lire. Et mon devoir de me rendre jusqu’à vous. Pour vous livrer l’information régionale.
Dans certaines résidences pour personnes retraitées, vous trouvez que je devrais me dupliquer davantage. Parce que tous les résidents voudraient pouvoir me tenir dans leurs mains. C’est aussi le cas dans certains immeubles à condos où le principe du premier arrivé, premier servi prévaut.
Même dans les nouveaux quartiers, je fais fureur. Aussitôt une nouvelle maison construite, il faut que j’accoure. Mais savez-vous que même si j’en ai envie, ce n’est pas toujours possible? Parce que la distribution n’est pas revue après chaque nouvelle rue. Et qu’il y a aussi des frais à me copier à coût de centaines de copies de plus chez l’imprimeur. Alors que je demeure gratuit.
Je sais que je suis pertinent parce qu’on m’interpelle constamment. De toutes les manières possibles. Pour savoir ce qui se passe sur une rue en particulier. Pour dénoncer une injustice. Pour annoncer une activité.
Puis, parce qu’on me découpe. Pour m’apposer sur un frigo. Le babillard au travail ou à l’école. On m’encadre aussi parfois. Pour ensuite me mettre en évidence sur un mur. Sinon pour me brandir bien haut en séance du conseil municipal.
Je suis populaire parce que j’ai un sceau invisible. Celui de la crédibilité. J’informe certes, mais je donne aussi de la notoriété à un projet de construction fraîchement inauguré. À une annonce municipale. Parce que je n’ai d’autre parti pris que l’intérêt public. Je sers la démocratie.

«Un journal, c’est la conscience d’une nation.»

-Albert Camus

En plus, je suis généralement le seul à témoigner des exploits de vos enfants, de votre voisin. À me rendre aux séances du conseil municipal à votre place pour vous rapporter ce qui se passe dans votre ville. À enquêter. À vous donner une voix.
J’ai le pouvoir d’entrer dans plus de 40 000 foyers de la région chaque semaine. En plus d’être un hebdo qui publie au quotidien sur le web.
Pourquoi est-ce que je me sens malgré tout mal aimé? Parce que tout le monde me veut. Mais que personne ne semble rien faire pour me garder.

Votre journal

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