Ces années où le communisme était rouge comme le diable

Par Mario Pitre
Ces années où le communisme était rouge comme le diable
L’historien Hugues Théorêt revient sur les années marquées par la propagande anticommuniste au Québec. (Photo : Dahlia Katz)

Un « combat politique, idéologique et religieux », voilà comment l’historien Hugues Théorêt présente les quelque 40 années durant lesquelles le Québec a farouchement combattu l’idéologie communiste, à travers le gouvernement de Maurice Duplessis et l’Église catholique.

Dans son livre intitulé La peur rouge, l’auteur campivallensien raconte en détail comment le gouvernement Duplessis a déployé une politique de propagande anticommuniste, qui s’est notamment concrétisée par l’adoption de la Loi protégeant la province contre la propagande communiste, mieux connue sous le nom de « loi du cadenas ».

Ce nouveau livre historique publié aux éditions Septentrion vient s’ajouter à d’autres ouvrages que Théorêt a signés ces dernières années, traitant particulièrement de l’idéologie fasciste tel que perçue au Québec.

« Quand j’ai mené mes recherches de doctorat sur le phénomène fasciste au Québec, je me suis rendu compte qu’à chaque fois que je tombais sur un document traitant du fascisme, j’en trouvais 10 portant sur le communisme », image l’historien pour illustrer l’importance de la littérature diffusée au Québec à l’égard du communisme.

L’auteur tisse son propos en l’intégrant dans le contexte politique international de l’époque, d’abord marqué par la Révolution soviétique, la Seconde Guerre mondiale, puis la Guerre froide.

Le communisme était représenté de manière très négative par l’Église catholique, ici comme le grand méchant loup. (Photo Journal Saint-François Gracieuseté)

Mais c’est aussi au fil de recherches rigoureuses dans les archives des services de police qu’il explique comment l’application de la loi du cadenas se traduisait sur le terrain, avec la bénédiction des autorités religieuses avec qui Duplessis entretenait des liens étroits. Et ce, même si, écrit-il, « De toute évidence, le niveau de contamination de la société n’a jamais atteint la portée démesurée projetée par l’Église catholique et le premier ministre du Québec, Maurice Duplessis, qui voyaient des communistes partout. »

Sur le terrain, les mesures anticommunistes ont été parfois menées violemment, particulièrement lors de conflits de travail impliquant des syndicats qui n’étaient pas reconnus comme catholique. La grève de 1946 à l’usine Montreal Cotton de Valleyfield en demeure un exemple flagrant, alors que la police provinciale n’avait pas hésité à sortir les matraques pour tenter de maîtriser les grévistes.

« Ce conflit ouvrier démontre combien le gouvernement de Maurice Duplessis était farouchement opposé à toute forme de syndicalisation non catholique et que l’Église catholique n’était pas neutre en cette matière. Elle jouait le jeu du gouvernement de l’Union nationale », écrit l’auteur.

Enseignant à l’Université d’Ottawa, Hugues Théorêt a publié en 2012 Les Chemises bleues – Adrien Arcand, journaliste antisémite canadien-français, pour lequel il a remporté le Prix du Canada en sciences sociales en 2014. On lui doit aussi L’Expédition allemande à l’île d’Anticosti (2017) et La Presse canadienne-française et l’extrême droite européenne, 1918-1945 (2018).

Il était de passage le 9 mars à la Bibliothèque Armand-Frappier pour présenter une conférence sur Irma LeVasseur, première femme médecin québécoise et cofondatrice du CHU Sainte-Justine.

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