Les défis de la pandémie dans trois familles nombreuses

samedi le 22 janvier 2022
Modifié à 0 h 00 min le 22 janvier 2022
Par Audrey Leduc-Brodeur

aleduc-brodeur@gravitemedia.com

Mélanie Decoste et sa famille. (Photo: Le Reflet – Denis Germain)

«Le chaos». C’est ainsi que Stéphanie St-Aubin résume son quotidien avec six enfants âgés de 3 à 11 ans à la maison en temps de pandémie.

«L’un dérange l’autre à l’écran, les écouteurs ne fonctionnent pas, les cours sont longs …Tout est chaotique», décrit la maman de Saint-Constant en parlant des doléances de ses progénitures qui restaient rivées tant que bien mal à leur ordinateur depuis le 6 janvier.

École à la maison, rassemblement limité, activités sportives annulées; depuis deux ans, les familles composent avec des défis qui demandent plus que de la bonne volonté. Chez les familles nombreuses, ils ont été décuplés.

«C’est très intense, confie pour sa part Mélanie Decoste, maman de cinq enfants, dont un bébé de 9 mois. Une chance que je suis en congé de maternité parce que je ne sais pas comment nous y arriverions mon conjoint et moi si nous travaillions en même temps à temps plein comme d’habitude.»

Jeremy (14 ans), Olivier (11 ans), Yves (42 ans), Krystle Tremblay (36 ans), Elizabeth (7 ans) et Agathe (6 ans). Photo : gracieuseté)

École, travail et gestion d’une boutique

Chez Mme St-Aubin, une routine matinale déjà bien ficelée a été sa planche de salut pour passer au travers des dernières journées, avant que le feu vert pour le retour en classe n’ait été donné.

«Mes enfants ont un trouble du déficit de l’attention ou un trouble d’opposition, ce qui est fait en sorte que c’est plus difficile pour eux de rester attentifs à la maison pour apprendre», explique l’éducatrice en milieu de garde scolaire.

«Je dois travailler deux jours en urgence cette semaine, confiait-elle le 11 janvier. Je n’aurai pas le choix d’amener mes enfants avec moi. J’ai fait ce choix de carrière en fonction de ma famille parce qu’il me donnait de la flexibilité dans mon horaire, mais c’est difficile présentement. Je manque de temps, de bras.»

À cette routine au rythme effréné s’ajoute la gestion d’une boutique de produits pour bébés qui a ouvert ses portes à Saint-Constant durant la pandémie. Une employée se charge des opérations sur place, tandis que le couple prépare entre autres les commandes en ligne à distance.

«Ça fait 10 ans que je manque de sommeil. Je dis souvent que je dormirai quand je serai à la retraite!» lance Mme St-Aubin en riant.  

Organisation

Pour Krystle Tremblay, le mot d’ordre a été organisation. La livraison de l’épicerie à domicile, puis la préparation des repas, le dimanche, faisaient déjà partie de ses habitudes. Ils sont devenus essentiels, mentionne la maman de quatre enfants âgés de 6 à 14 ans.

Mme Tremblay a fonctionné selon un horaire réglé au quart de tour, révèle-t-elle. Dès 5h, celle qui étudie aussi à la maison entamait sa journée en effectuant ses travaux scolaires pour devenir infographe. Ce, jusqu’à 7h45, l’heure à laquelle les plus jeunes se levaient. Ceux-ci se branchaient sur la plateforme en ligne Teams pour suivre leur cours. L’adolescent commençait quant à lui sa journée scolaire en ligne, plus tard.

«J’ai essayé de les aider le plus possible, notamment ma petite qui va à la maternelle. C’est difficile de garder le contrôle d’une enfant de 6 ans qui doit rester assise devant un ordinateur», fait remarquer la résidente de Delson.

Puis, la femme de 36 ans poursuivait ses devoirs en fin de journée et en soirée.

«Ensuite, je m’écroulais de fatigue!, résume celle qui salue la compréhension de ses professeurs. Ils savent que je ne peux pas assister aux cours en tout temps. Aussi, l’enseignement est personnalisé, alors ça me permet de fractionner mon horaire.»

Puisque certains enfants ont été exposés à des cas positifs avant les Fêtes, la famille de six a dû s’isoler pendant plus de 25 jours. Elle en a profité pour jouer à jeux de société et à s’amuser dans sa cour.

Remanier l’espace

«C’est la joie!, lance quant à elle Mme Decoste sur un ton sarcastique lorsqu’elle décrit son quotidien surchargé. Je jongle entre le micro de l’ordinateur coupé, les devoirs à faire par tous en même temps et les besoins de base d’un bébé de 9 mois. Tu ne peux pas dire à un bébé de pleurer moins fort parce que ça dérange son frère qui étudie à l’ordinateur.»

La famille de Saint-Constant a dû remanier certaines pièces de sa maison pour s’assurer que chacun avait son espace de travail, dont le papa qui travaille aussi chez lui.

«Avant l’école à la maison, le temps d’écran était très limité. Nos enfants n’y avaient droit que pendant la fin de semaine, notamment, raconte-t-elle tout en imprimant leurs devoirs. Ça leur demande beaucoup d’adaptation.»

En temps normal, leur intérêt est tourné vers le sport, dont le hockey et la gymnastique. Du jour au lendemain, ces activités ont été coupées.

«Ils n’ont plus de points de repère. Aussi, ils se font dire qu’ils ne peuvent plus voir leurs amis. C’est difficile de leur faire comprendre pourquoi», affirme celle qui se réjouissait du retour en classe le 17 janvier, mais qui s’inquiétait de la transmission des cas.

À sept personnes d’un coup, les rassemblements demeurent aussi très limités, soulève la Constantine qui n’a pas revu sa sœur depuis l’été, puisqu’elle est mère de six enfants.

«J’ai le sentiment de me diviser sans vraiment être capable d’aider pleinement mes enfants à réussir.»

-Mélanie Decoste

Papa Xavier, maman Stéphanie, les jumelles Maëly et Maëva 3 ans, Alexis 10 ans, Meganne 11 ans, William 6 ans et Loïk 8 ans. (Photo : gracieuseté)