La langue de bois, connais pas

Par Mario Pitre
La langue de bois, connais pas
Jacques Parizeau ne faisait pas dans la langue de bois.

S’il est une chose qu’on ne peut reprocher à l’ancien premier ministre Jacques Parizeau, décédé lundi soir dernier, c’est d’avoir eu recours à la langue de bois pour exprimer ses idées. Avec lui, c’était franc, direct et sans détour.

Si ma mémoire est bonne, j’ai eu l’occasion de croiser M. Parizeau à trois reprises dans ma vie. À la première, j’avais à peine 18 ans et le ministre des Finances du gouvernement Lévesque avait été reçu par la Chambre de commerce au centre des loisirs de Bellerive, à l’occasion d’un dîner-conférence. Étudiant, je travaillais alors comme serveur pour mon oncle René, qui était traiteur. J’avais servi l’assiette à M. Parizeau. Sans plus.

Durant la campagne électorale de 1994, M. Parizeau avait été reçu par le candidat péquiste Serge Deslières, qui sollicitait un premier mandat. Cette fois, c’est comme journaliste pour un hebdo de Vaudreuil-Dorion que j’avais eu accès au chef du PQ, lors d’un point de presse tenu à bord d’une réplique du navire La Grande Hermine, accostée au quai du parc Sauvé.

Puis onze années plus tard, en 2005, je suis allé entendre les propos de Monsieur Parizeau, alors invité par l’Association des jeunes souverainistes du Collège de Valleyfield. Beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts de la région depuis; l’accession au pouvoir, la campagne référendaire, la défaite par quelques milliers de voix, la déclaration sur l’argent et le vote ethnique.

Malgré tout, j’avais retrouvé la même indéfectible passion pour le Québec et la nécessaire accession à sa souveraineté, le combat qu’il avait choisi de mener au-delà des courants de pensée et des transformations économiques mondiales.

«Un pays peut être petit par sa population et parvenir à s’épanouir, à la condition d’appartenir à un grand marché. Il n’y a pas de pays trop petit pour être prospère. Dans la mesure où ses entreprises sont productives, il n’y a rien qui empêche un pays de se développer. Un pays ne se définit plus uniquement que par son économie», avait-il expliqué à son auditoire.

Alors que plusieurs estimaient déjà l’idée d’indépendance comme une idée passéiste, Parizeau avait le tour de nous présenter son option avec clairvoyance et lucidité. Peu importe nos allégeances, il faut reconnaître qu’avec Jacques Parizeau, l’électeur savait à quoi s’en tenir.

 

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