La franchise et la transparence d’un autiste

Par Denis Bourbonnais
La franchise et la transparence d’un autiste
Ayant à vivre avec un Trouble de la personnalité de type B, le Campivallensien Mathieu Giroux veut faire cheminer les personnes autistes dans une société encore accrochée à l’image holywoodienne créée par le film «Rain Man». (Photo : (Photo: Journal Saint-François – Pierre Langevin) )

TÉMOIGNAGE. «Je sais que je suis différent depuis 5 ans. Le diagnostic posé par les médecins à l’âge de 31 ans a expliqué beaucoup de choses. Maintenant, je souhaite changer les mentalités à propos des troubles du spectre de l’autisme.»

Mathieu Giroux parle en toute franchise et avec une transparence entière de la condition qui l’affecte depuis sa tendre enfance. Un invité de l’émission «Ça ne se demande pas… à des personnes autistes», qui sera diffusée sur les ondes de la station AMI-télé, le lundi 18 février (20 h), le Campivallensien s’est révélé un véritable livre ouvert lors d’une entrevue accordée au «Journal Saint-François».

Conférencier, enseignant, chercheur, consultant, blogueur… l’homme qui doit composer avec un Trouble de la personnalité de type B prend tous les moyens pour permettre aux gens d’entrer dans son univers et de mieux comprendre les personnes autistes. Affirmant que le marché du travail n’est pas adapté à l’autisme, Mathieu a expliqué pourquoi c’est un grand défi d’être neuro atypique chez les neuros typiques.

«Un autiste, c’est quelqu’un qui se déplace en fauteuil et qui n’a pas de rampe d’accès», évoque le résident du boulevard du Havre. «Pour un employeur, c’est très exigeant car il y a plusieurs situations à gérer. C’est plus facile d’intervenir dans le cas d’un déficient intellectuel. La découverte de notre condition neurologique ne remonte qu’à 1945 et de nombreuses questions demeurent sans réponse. Les autistes ont les pires statistiques d’emploi, 9 sur 10 étant sans travail», ajoute Mathieu Giroux, qui signe «autiste et conférencier» sur sa carte d’affaire.

Tentative de suicide

Victime d’intimidation à l’école, il a vécu diverses problématiques au cours de sa jeunesse. Des enjeux psychologiques l’ont poussé éventuellement vers une tentative de suicide et un séjour dans un établissement psychiatrique. Le verdict est tombé pendant son hospitalisation : syndrome post-traumatique causé par du harcèlement au travail.

Un malheur n’arrive jamais seul et des procédures de divorce étaient déjà entamées au moment du diagnostic. «Après 13 ans de vie commune, mon ex-conjointe croyait qu’elle n’allait pas réaliser certains de ses rêves. J’avais un espoir que ça change mais j’ai respecté sa décision et j’ai une bonne relation avec la mère de mes enfants», souligne Mathieu.

Père d’un garçon âgé de 10 ans et d’une fille de 5 ans, il détient la garde partagée de sa progéniture. Habitant avec son père dans une maison bigénérationnelle, Mathieu confie avoir fait ce «choix obligatoire» pour des raisons financières. Bénéficiaire de l’Aide sociale, Mathieu est peu rémunéré pour ses quelque 60 à 70 heures d’intervention hebdomadaire dans la communauté, incluant l’enseignement au Collège de Valleyfield, les multiples conférences et une collaboration avec l’Hôpîtal Sainte-Justine à Montréal.

«Les personnes autistes sont considérées comme étant invalide. On prend l’opportunité qu’on nous donne. Être sur l’aide sociale, c’est mieux que revivre des échecs. Idéalement, j’aimerais avoir un emploi rémunéré et je vais continuer à mettre les efforts nécessaires pour démontrer que des personnes autistes peuvent contribuer à apporter une valeur ajoutée à l’exercice de son travail», conclut Mathieu Giroux.

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
7 Commentaires
plus ancien
plus récent plus voté
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires
Manon Girouard
Manon Girouard
1 année

Bravo Mathieu! Et tu as amplement raison ma fille de 26 ans vit la même problématique, diagnostiquée à 13 ans elle a été placée comme contrainte sévère à l’emploi, pourtant elle a réussie a obtenir une formation en soutien informatique 🤷‍♀️

Mathieu Giroux
Mathieu Giroux
1 année
Répondre à  Manon Girouard

Merci de votre support.

Si vous désirez lire mes textes, je vous laisse mon blogue:

decouverteaspi.wordpress.com

Claudine Gamache
Claudine Gamache
1 année
Répondre à  Manon Girouard

Connaissez vous Projet Intégration Autismopolis https://www.autismopolis.com/ C’est un programme adapté pour les personnes autistes pour intégrer le marché de l’emploi ou effectuer un retour aux études.

David Grand’Maison
David Grand’Maison
1 année

Bravo et merci !

Mathieu Giroux
Mathieu Giroux
1 année

Pour clarification, je n’ai pas de diagnostic de trouble de personnalité de type B. Ceci était hypothèse avant mon diagnostic d’autisme.

Marilou fortin
Marilou fortin
1 année

le plus gros problème de l’autisme dit de niveau 1 (asperger)…c’est qu’on est trop fonctionnel pour passer handicappé, mais trop  »handicappé » pour passer pour un neurotypique, et non, les milieux de travail s’adapteront jamais aux gens comme moi mais aux cas plus lourds parce que c’est les cas lourds qui sont les  »moins chiants à gérer », (ils ont pour la plupart une conscience de moyenne à minime alors ce qui savent pas les tuent pas n’est-ce pas?) ceux qui pensent de mm me font rire jaune.

j’ai 26 ans et j’ai travaillé comme stagiaire dans le retail (et j’ai des connaissances poussées sur comment poser des spiders/boîtes alpha ou verrouiller/déverouiller ces derniers), je pourrais être conseillère au rayon des technologie si je le voulais…

Malheureusement pour moi…je suis brutalement honnête dans mes opinions (à ne jamais faire dans ce domaine qu’est le commercial) mes clients adorent avoir mon opinion car elle est libre de censure (majoritairement due aux sponsors aka on te paie et tu te la ferme)

de 2: je suis sensible au son et récemment il y a cette mode de remplacer les systèmes d’alarme infra rouge par ses systèmes de type sonar, la belle affaire^^ » les humains l’entendent pas non…mais si un chien l’entends, chances sont que je l’entends aussi.

m’enfin, ce n’est que la pointe de l’iceberg…il faudrais encore des années et des années d’études pour adapter les milieux de travail à des gens comme moi^^

France
France
1 année
Répondre à  Marilou fortin

L’autisme de niveau 1 est lourd à porter, surtout avec un Q.I. de plus de 125. Les questionnements, l’anxiété constante, ça épuise. Également de se retrouver dans une rencontre de plus de 4 personnes, ça prend une semaine à m’en remettre, du moins c’est mon cas.