Chronique
Justice

Ingénieur agresseur : gardons-nous une petite gêne

le samedi 16 juillet 2022
Modifié à 9 h 49 min le 14 juillet 2022
Par Claude Poirier

redactiongm@gravitemedia.com

Claude Poirier, chroniqueur judiciaire. (Photo Gravité Média)

Je ne commenterai pas précisément la décision du juge Matthieu Poliquin d’accorder une absolution conditionnelle à l’ingénieur Simon Houle, de Trois-Rivières, coupable d’agression sexuelle et de voyeurisme, après avoir photographié les parties intimes de son amie, en 2019. Il s’en sort sans casier judiciaire.

Toutefois, je constate que tous sont montés aux barricades dans cette affaire. D’un côté, les organismes qui défendent les droits des victimes d’agression sexuelle et de l’autre, l’Association des avocats de la défense qui se range derrière le juge.

Je déplore cependant que le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, ait aussi pris parole dans cette histoire, sachant que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) avait confirmé qu’il allait porter le jugement en appel. Le ministre a déclaré à La Presse qu’il pouvait «tout à fait comprendre le désarroi et la frustration des personnes victimes». Est-ce possible de se garder une petite gêne?

Ce n’est pas pour rien qu’il existe au Québec des mécanismes comme la Cour d’appel et la Cour suprême pour réviser une décision. Quand on n’est pas satisfait d’un jugement rendu par la première instance, c’est à l’avocat de la défense ou au procureur de la Couronne de se tourner vers la deuxième pour interjeter appel. Dans ce cas-ci, la Couronne demandait une peine de 18 mois de prison.

On peut dire que la Cour d’appel se retrouve avec une patate chaude entre les mains. Cette histoire fait énormément jaser. Mais laissons le tribunal effectuer son travail, même si plusieurs intervenants disent que la Cour ne sera pas insensible à ce qui a été déjà dit sur ce dossier. Normalement, ils rendront une décision basée sur les motifs de la peine et ceux qui ont amené le juge Poliquin à accorder une absolution conditionnelle. Et si le jugement ne plaît pas à une partie, celle-ci ira à la Cour suprême.

À mon avis, le ministre de la Justice a dérapé en donnant son opinion sur la question. A-t-il passé un appel au DPCP pour que ce dernier annonce son intention maintenant, alors que le jugement a été rendu en mai? On peut se poser la question.

10-4!

(Propos recueillis par Gravité Média)