Hommage à mon ami Gaston Legault

Hommage à mon ami Gaston Legault
Gaston Legault au centre de Martin Lacroix et son bon ami Dr. Jean Wilkins lors d'une exposition en hommage aux Braves. (Photo : (Photo Journal Saint-François - Archives Pierre Langevin))

Voici un hommage rédigé par Dr. Jean Wilkins à son ami Gaston Legault, dont les funérailles ont été célébrées samedi à la basilique-cathédrale de Valleyfield.

J’ai révisé la mémoire de mon téléphone à la maison, tu m’as appelé la dernière fois le 14 octobre dernier à 21:53 hres. Tu m’as informé qu’on venait de te diagnostiquer un problème médical, on t’avait prescrit un médicament et cette situation nouvelle allait retarder une prochaine rencontre entre nous deux. On pensait le faire durant le temps des fêtes. Durant cette conversation téléphonique, tu m’as exprimé être attristé de la défaite imminente de ton équipe préférée les Cardinals de St-Louis tout en me laissant savoir que mon équipe préférée les Yankees allait subir le même sort. Il y avait toujours du sport dans nos conversations.

Malheureusement, ton cœur, si rempli de bontés et d’amours à transmettre, s’est épuisé subitement et « sur la route ». Tu étais souvent sur la route, tu avais besoin de connaître le «beat» de la ville, un genre de Jack Kérouac local. Je pense que personne à Valleyfield ne possède un carnet d’ami(e)s et de connaissances aussi rempli que le tien. Tu es présent dans le quotidien de Valleyfield depuis toujours. Une présence chaleureuse, curieuse et éveillée par laquelle tu accumules plein de faits qui se transforment en souvenirs que tu enregistres et nous rappelles à la mémoire lorsque tu le juges nécessaire. Tu as été un chroniqueur de la vie quotidienne, un observateur toujours en émerveillement devant ceux et celles qui font l’évènement au quotidien. Pour moi, tu as été un André Rufiange de Valleyfield.

Tout récemment, en lien avec la parution d’un nouveau livre, j’ai accordé des entrevues dans différents médias. À une question d’un animateur me demandant comment j’ai pu pratiquer une médecine de l’adolescence spécifique avec autant de plaisirs pour autant d’années, j’ai spontanément répondu que c’est probablement pcq j’ai eu une adolescence heureuse. Oui j’ai eu une adolescence heureuse, passée ici à Valleyfield, entouré de gens qui m’ont rendu heureux. Gaston, tu es une de ces personnes qui ont contribué à mon bonheur. Je distingue quatre moments particuliers à « notre histoire ».

Première rencontre

Tu es disquaire chez Marchand et frères. Au 2e étage de ce magasin, tu as un comptoir de disques, tu y vendais des 45-tours ou des 33-tours que tu recevais et que tu nous faisais découvrir. Tu étais notre contact avec les chanteurs de l’époque et leurs « hits ». Tu fredonnais les refrains avec tellement de ravissements et de plaisirs que tu nous donnais des moments de bonheurs. Nous ne pouvions pas toujours acheter ces disques mais tu acceptais de nous les faire tourner en boucle et c’était gratuit, enrichi en plus de tes commentaires et de ton enthousiasme. Tu as été, pour cette époque, le « Musique Plus » pour plusieurs d’entre nous.

Deuxième rencontre – Les boîtes à chansons

Tu as été des premiers à créer des boîtes à chansons à Valleyfield. Des lieux mythiques qui permettaient des rencontres avec des artistes de l’époque. Des lieux de rencontres avec des chansons, des paroles, des messages, de la poésie… Voir et entendre les Jean-Guy Moreau, Robert Charlebois, Renée Claude, Pauline Julien et tous les autres, c’était le bonheur à chaque samedi soir. Tu me rappelais avoir déjà signé Moreau et Charlebois, les deux pour 100$, un samedi ! Ces lieux de rencontres et d’échanges étaient importants au moment où le Québec bouillonnait et que notre génération arrivait en grand nombre pour bâtir un nouveau Québec. Nous avions besoin d’entendre ces artistes. Bien que tu fus un admirateur de Maurice Duplessis, tu nous as mis en contact avec la poésie de Félix Leclerc, de Charles Trenet, de Léveillé et plein d’autres pour notre enrichissement personnel. Tu nous as fait rêver, tu as permis l’éclosion d’amitiés et d’amours du moment.

À chaque fois que j’entends les paroles du succès de Georges DOR intitulé Une boîte à chansons, je pense à ces moments des boîtes à chanson que tu nous as permis de vivre :

Une boîte à chansons
c’est comme une maison
c’est comme un coquillage
on y entend la mer
on y entend le vent
venu du fond des âges
On y entend battre les cœurs à l’unisson
Et l’on envoie toutes les couleurs de nos chansons

Troisième rencontre – Les petites ligues de baseball

J’avais un travail d’été, bénévole, au sein des petites ligues de baseball de Valleyfield. Travail obtenu grâce à André St-Cyr et Charles Lalonde. Comment ne pas se souvenir de l’été 1964. Le championnat canadien, les petites séries mondiales à Williamsport, la défaite 1 à 0 contre le Japon, la peine ressentie, l’espoir envolé. Après cette défaite, nous nous sommes retrouvés en soirée dans un bar où jouait un petit orchestre. À leur pause, tu es monté sur scène où t’ont rejoint Médard Cousineau, Léon Simon et d’autres. Jean-Denis Girouard, André Viau et moi étions là. Vous nous avez fait un show et le propriétaire du bar nous a autorisés à dépasser l’heure de fermeture. Vers 4-5 heures du matin, nous étions allés déjeuner au terminus d’autobus, seul restaurant ouvert 24 heures. Nous avions réussi à atténuer notre peine grâce ton talent « d’entertainer ».

Un an plus tard je suis parti pour Montréal y faire mes études en médecine et en spécialité. Je suis demeuré à Montréal et nous nous sommes perdus de vue. Je te revoyais à l’occasion au baseball lorsque tu arbitrais des parties dans lesquelles mes enfants jouaient. Je ne reviendrai pas sur certaines de tes décisions !!!

Quatrième rencontre – La Fondation Kiitoute Joannette

Vers la fin des années 1990, tu m’appelles et tu me demandes si je voudrais bien accepter la présidence de ce projet. J’ai accepté sans hésitation et sans savoir trop trop dans quoi je m’embarquais. Par souci d’une vieille amitié que je retrouvais j’ai accepté ta proposition et j’ai mis une limite à ce que je pouvais faire. J’ai aimé ta détermination dans ce projet et j’ai eu de la peine de constater que ce projet, qui me semblait rassembleur, a divisé certains décideurs. Tu as dérangé certains décideurs avec un projet simple de reconnaissance envers un athlète qui a été aimé par la population.

L’apothéose de cette aventure fut la commémoration en 2001 du 50e anniversaire de la conquête de la Coupe Alexander par les Braves de Valleyfield. Un événement unique de retrouvailles, de plaisirs et de cœur. Il fallait voir les anciens joueurs se retrouver avec tellement d’émotions et de souvenirs. Valleyfield te doit beaucoup pour cette fête des anciens, une fête réussie.

Et la suite

Avec cette amitié retrouvée et consolidée nous nous sommes revus à l’occasion de parties de hockey des Braves Junior au vieil aréna qui me rappelait tellement de souvenirs ayant grandi voisin de cette bâtisse. Tu as été particulièrement généreux envers mon petit-fils Alexandre qui m’accompagnait et je te remercie pour ces moments.

Puis je t’ai conseillé et je t’ai accompagné dans la réalisation de tes recueils ; Il était une fois les Braves, Maman on a gagné sur l’histoire des petites ligues de Valleyfield (un titre absolument magnifique), Monsieur Toe … Il y a eu aussi un petit recueil sur Maurice Duplessis, tu l’as aimé ce premier ministre !

Maintenant que tu nous as quittés je souhaite qu’un organisme de la région développe un intérêt pour ton fonds d’archives. Je serais heureux d’apprendre qu’à partir de tes archives et de tes écrits un livre soit produit pour y rassembler tes souvenirs.

Il faudrait une suite à la belle murale que tu as fait peindre sur le mur de l’école Edgar Hébert. Sophie Wilkins, ma petite cousine, a créé une belle murale inspirée de tes souvenirs. Maintenant à nous de faire un livre avec toutes tes archives. Tu le mérites, on te le doit !

Salut Gaston et merci de la part de tous ceux et celles que tu as rendu heureux durant ta vie.

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S'inscrire  
Me notifier des