Hausse du salaire minimum: un fardeau de plus pour les producteurs maraîchers

Hausse du salaire minimum: un fardeau de plus pour les producteurs maraîchers
La hausse de 4,8 % du salaire minimum, qui sera en vigueur le 1er mai, aura un impact négatif pour les producteurs maraîchers de la région qui dépendent de cette main-d'œuvre. (Photo : Journal Coup d'oeil)

Marc-André Couillard – Journal Coup d’oeil

À la fin du mois de décembre, le gouvernement du Québec annonçait une hausse de 4,8 % du salaire minimum, à compter du 1er mai 2020. Cette augmentation s’ajoute à plusieurs autres au cours des dernières années. Si ces mesures profitent aux travailleurs, elles pèsent lourdement sur les épaules des producteurs maraîchers, dont la main-d’œuvre représente environ 50 % des coûts de leur production.

C’est le cas de Jean-Claude Guérin, de la ferme Maraîchers JPL Guérin et fils, à Sherrington. M. Guérin est aussi le président du Syndicat de l’Union des producteurs agricoles (UPA) Jardins-de-Napierville.

«On s’est mis à calculer et le salaire minimum a augmenté de 22 % en quatre ans!, lance M. Guérin. Avant, les hausses annuelles du salaire minimum étaient de l’ordre de 2 %. Celles de 2017 et 2018 ont été de 5 % et 7 %. Ça rapetisse nos marges de profit.»

L’an passé, il a ensemencé quelque 1100 acres de laitue, de carotte, d’oignon, de chou-fleur et de grandes cultures. Il emploie environ 200 travailleurs au plus fort de la saison, au mois de juillet et août. Parmi eux, on compte environ 70 travailleurs étrangers et des étudiants, dont la majorité est payée au salaire minimum.

La hausse de 0,60 $ de l’heure du salaire minimum, qui le fera passer de 12,50 $ à 13,10 $, entrainera possiblement la disparition de sa marge de profit.

«En 2020, je vais probablement faire un déficit, explique M. Guérin. Environ 50 % de ma laitue est déjà vendue à contrat avec les grandes chaînes de magasins. Le prix qu’on obtient monte un peu chaque année, mais pas de 5 %. Pour le reste, c’est inquiétant parce que je ne sais pas à quel prix je vais vendre.»

Dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre, cette hausse du salaire minimum aura pour effet d’entraîner la hausse du salaire d’autres travailleurs sur la ferme qui gagnent davantage, comme les opérateurs de machinerie ou les superviseurs de récoltes, précise M. Guérin.

Conséquences

À titre de président du Syndicat de l’UPA Jardins-de-Napierville, M. Guérin rappelle que les agriculteurs sont d’accord avec l’objectif de lutter contre la pauvreté et les inégalités, mais que des mesures pour atténuer l’impact de la hausse rapide des salaires seront nécessaires pour les entreprises horticoles.

«Nos épiceries regorgent d’aliments venant de partout dans le monde, rappelle M. Guérin. Comme les normes ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre, notamment celles régissant les salaires, il devient de plus en plus difficile d’offrir les produits du Québec à des prix similaires … à moins de vendre à perte. Aucune entreprise ne survit à cela!»

Au cours des dernières années, M. Guérin a investi dans de la nouvelle machinerie, un système de drainage, et plus encore. Ces dépenses doivent être amorties sur plusieurs années. Cette hausse des salaires signifie pour lui qu’il devra remettre à plus tard d’autres projets innovants qu’il voulait mettre en place sur sa ferme.

«Je ne vais pas pouvoir investir pendant les trois ou quatre prochaines années, affirme M. Guérin. Ça veut dire qu’on ne peut plus s’améliorer pour être plus compétitifs.»

Actions

Les producteurs de fruits et de légumes québécois réclament des actions concrètes de la part du gouvernement de façon à atténuer l’impact de ces hausses successives du salaire minimum sur leur industrie.

«Si le gouvernement croit au potentiel de développement de notre industrie, veut atteindre les objectifs de la Politique du bioalimentaire 2018-2025 et souhaite répondre aux demandes des Québécois qui veulent consommer davantage des fruits et légumes provenant de chez nous, des actions seront nécessaires», indique Sylvain Térrault, président de l’Association des producteurs maraîchers du Québec (APMQ).

L’UPA réclame notamment qu’un crédit d’impôt remboursable soit accordé aux entreprises agricoles, accompagné d’un programme de sécurité du revenu qui permettrait de pallier l’écart entre la hausse non compensée par le crédit d’impôt et l’inflation.

Elle propose aussi la mise en place d’un fonds de soutien à l’investissement et à l’adaptation. Ce fonds servirait à identifier des technologiques pouvant être transférées rapidement vers les entreprises.

«S’il y avait plus de budget pour la recherche et développement, ça nous aiderait, indique M. Guérin. Ça avait été tassé par le gouvernement Harper et c’est maintenant remis en place par le gouvernement Trudeau, mais c’est long. Si on avait davantage de robotisation, ça nous aiderait. On est quand même bons dans l’automatisation. On est en train d’aménager l’usine d’Onipro. L’automatisation s’en vient en 2020. C’est à suivre…»

L’industrie horticole comestible au Québec en chiffres

62 000 emplois, principalement en région;
Sa production contribue au produit intérieur brut du Québec à hauteur de 4,1 milliards de dollars, dont 640 M$ sont destinés aux marchés de l’exportation;
La croissance du secteur de l’horticulture comestible québécoise est 1,5 fois supérieure à celle d’autres secteurs de l’agriculture.
(Source: Regroupement ad hoc de secteurs maraîchers et fruitiers du Québec)

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