Opinion

Faire le deuil de District 31

mercredi le 20 avril 2022
Modifié à 0 h 00 min le 21 avril 2022
Par Audrey Leduc-Brodeur

aleduc-brodeur@gravitemedia.com

La conclusion de la série District 31, le 21 avril, marque la fin d’un rendez-vous incontournable dans nos vies. Rarement une émission nous a autant rivées à notre téléviseur, a suscité autant de passion dans nos conversations.

Vicky:C’était en juin 2018. Je commençais en tant que journaliste au Reflet. Dire que j’étais fébrile est un euphémisme. Je rencontrais de nouveaux collègues. Au dîner, je savais que j’allais m’asseoir avec ma collègue Audrey Leduc-Brodeur. J’étais déjà convaincue à ce moment qu’elle deviendrait ma grande amie. Je ne me trompais pas. Elle s’est d’ailleurs empressée de me poser une question cruciale: «Écoutes-tu District 31

«Évidemment que je suis cette série policière enlevante», ai-je répondu.

Je venais de remporter ma place avec «les accros de District», comme on nous appelle encore.

Ce petit groupe composé de notre duo, puis de deux autres collègues est devenu mon noyau du midi. Du mardi au vendredi, nous discutions des intrigues, de nos hypothèses sur tel ou tel cas, sur les personnages secondaires et principaux. On vivait des deuils, on riait, on s’obstinait.

Je me souviens d’un moment marquant. Après la mort du fameux Christian Phaneuf. Nous cherchions qui était le coupable. Ce matin-là, puisque nous ne pouvions attendre à l’heure du midi, nous nous étions réunies devant un ordinateur pour écouter en boucle la scène ultime.

«Regarde ses bottes! Regarde ses mains! C’est le commandant Chiasson! Non, écoute sa voix! C’est Patrick Bissonnette! Mets-le au ralenti. Je suis certaine que c’est Laurent Cloutier!», disions-nous.

Nous avons décortiqué ce moment comme si nos vies en dépendaient, à en faire rire tous les collègues au bureau. Nous étions pourtant TRÈS sérieuses dans notre enquête.

Audrey: Pour ma part, Vicky et mes collègues me surnomment désormais SD Leduc-Brodeur, un clin d’œil à mes talents de sergente-détective plus ou moins assumés et aux rôles joués par les personnages principaux de la série.

Des membres de ma famille m’ont confectionné des tasses à l’effigie de l’émission l’an dernier, dans lesquelles je bois mon thé chaque soir. Elles me donnent l’impression de faire partie de la gang de District

J’ai pleuré la mort de Nadine comme si c’était l’une de mes proches. J’ai sacré après les manques au travail de Jean Brière comme si c’était l’un de mes journalistes. J’ai crié de rage quand Poupou a été abattu comme si c’était l’un de mes collègues.

Vicky, Lyne Bourgeois et moi en sommes tellement passionnées que nous avons participé à trois reprises au balado Tout le monde au poste de Radio-Canada, animé par Annie-Soleil Proteau et entièrement dédié aux théories sur cette quotidienne.

Désormais, je devrai me plaire à imaginer un univers parallèle dans lequel nos personnages favoris évolueront. Chose certaine, le noyau du midi perdurera au-delà de cette série. Celle-ci est devenue un moment sacré dans nos salons tous les soirs à 19h, mais elle nous a surtout permis de tisser des liens incroyables.