Yves Primeau, un autodidacte de la haute performance

Par Denis Bourbonnais
Yves Primeau, un autodidacte de la haute performance
Le Campivallensien Yves Primeau, le docteur des moteurs de la classe Hydro 350 en hydroplane, veut s’attaquer à un prochain défi : augmenter la fiabilité des engins pour les bolides Grand Prix. (Photo : (Photo: Journal Saint-François – Pierre Langevin) )

MOTONAUTISME.  C’est fou comment la passion peut amener un humain à se dépasser et accomplir des choses hors de l’ordinaire. Yves Primeau a commencé à fouiller dans les moteurs à l’âge de 15 ans et il a été tellement inspiré par son enthousiasme pour la mécanique qu’il en a fait une carrière sans même avoir suivi un cours de formation à l’école.

Aujourd’hui, le Campivallensien qui a grandi dans la paroisse Saint-Eugène constitue la référence dans la fabrication d’engins sur la scène des courses d’hydroplanes, principalement en Hydro 350 qui est devenue la classe la plus spectaculaire en Amérique du Nord, voire même au monde pour reprendre les propos du propriétaire de l’embarcation «Penzoil» H-300, John Huganir.

«Le moteur Hydro 350 est une fierté pour moi», évoque en entrevue l’autodidacte de la haute performance, qui a développé le prototype de l’engin en 2012. Lorsque les dirigeants de la Ligue de Régates d’Hydroplanes (HRL) ont décidé de faire la conversion du moteur Chevrolet de 305 à 350 pouces cubes, les premières années ont été difficiles mais l’homme âgé maintenant de 60 ans a développé une recette qui est désormais synonyme de fiabilité pour les écuries de course.

«Lorsque la classe Hydro 350 fait sensation comme aux Régates de Détroit, j’en tire une satisfaction», mentionne le propriétaire de l’atelier «Primeau Performance», située sur la rue Victoria-Est. «Les bris de moteur sont de plus en plus rares en H-350 et la qualité du spectacle est garanti», ajoute celui qui construit les engins de fond en comble. Sur le circuit motonautique de la HRL, trois autres motoristes fabriquent des engins, soit Paul Hewitt, Marty Wolfe et Al Grabinski Jr.

Le Campivallensien a appris sur le tas et il fait carrière depuis 45 ans dans le domaine des moteurs de performance même s’il a jamais suivi une formation pour ce métier. (Photo: Pierre Langevin)

Yves Primeau se dit d’ailleurs un peu victime de son succès car les commandes pour ces moteurs qui développent près de 400 chevaux-vapeur ont largement diminué. «Ça ne brise plus. Les équipes peuvent utiliser le même moteur pendant des années. Derec Smith, qui conduit le H-13, a duré 5 ans avec un seul moteur. C’est certain qu’ils ont besoin d’être rafraîchis et il faut en assurer l’entretien», de signifier le motoriste, précisant qu’un «refresh» peut nécessiter un déboursé d’environ 3 000 $.

D’ailleurs, pour ceux qui avancent sur les réseaux qu’un moteur «Primeau» coûte trop cher et que les coureurs locaux ne peuvent plus se permettre d’en faire l’achat pour rivaliser avec les équipes américaines, le constructeur affirme qu’il est possible de se procurer un engin pour la somme de 16 500 $. Pour 35 000 $, tu peux en acheter deux. Rémy Leblanc, Sylvain Campeau et Samuel Pagé-Morin ont tous remporté des championnats avec mes moteurs», souligne le mécano qui a une douzaine d’équipes H-350 sous son aile.

Yves Primeau a oeuvré dans les courses d’autos sur terre battue et à l’origine, il a piloté un bolide de la classe «modifié» Le Campivallensien apparaît ici à l’Autodrome de Granby en 1995. (Photo d’archives: Alain Forcier)

Ayant lui-même piloté dans les courses d’autos sur terre battue dans la classe «Modifié» , Yves Primeau s’est ensuite consacré à l’outillage et à l’assemblage des moteurs. Il a œuvré dans la compétition de «stock car» de 1982 jusqu’au tournant du millénaire. En 2002, Norm Shannon l’a invité à lui monter un engin pour son bateau de classe 5 litres et son coup de cœur pour les régates ne s’est jamais amoindri. «Je construis surtout des moteurs pour les hydroplanes maintenant et je peux gagner ma vie en faisant ce qui me passionne le plus», se réjouit le motoriste, qui souhaite relever un nouveau défi dans un avenir rapproché : fabriquer des engins pour la classe Grand Prix.

«Parmi mes projets, je veux développer un moteur plus fiable pour les bateaux GP. J’ai des idées pour les solutions à apporter et ce sera plus tôt que tard. J’ai maintenant un dyno (dynamomètre) pour tester les moteurs. La classe Grand Prix, je suis rendu là», affirme Yves Primeau.

«Il faut repenser le système d’injection qui est le même qu’il y a 40 ans pour ces moteurs GP. C’est surtout à ce niveau que des changements s’imposent», conclut le motoriste qui compte éventuellement avoir des discussions à cet effet avec les dirigeants de la Ligue de Régates d’Hydroplanes.

Autres photos prises par Pierre Langevin à l’atelier «Primeau Performance» sur la rue Victoria Est à Salaberry-de-Valleyfield.
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