Les agences d’artistes en temps de pandémie

Par Ali Dostie
Les agences d’artistes en temps de pandémie
L’acteur Jeff Boudreault dans son studio maison, pour enregistrer des publicités à distance. (Photo : Gracieuseté)

Les premiers touchés, les derniers à reprendre; c’est souvent ainsi que l’on décrit la façon dont se traduit la pandémie sur les acteurs du milieu culturel. Aux premières loges, des agences d’artistes témoignent des conséquences du confinement.

Tant pour l’Agence St-Laurent Roger que pour les comédiens qu’elle représente, «c’est une année perdue, tranche la présidente Micheline St-Laurent. J’étais un peu à contre-courant, mais dès le départ, j’ai dit qu’on en avait pour au moins un an.»

En activité depuis plus de 30 ans, l’agence de Longueuil représente une cinquantaine d’acteurs, dont Antoine Bertrand, Réal Bossé, Brigitte Lafleur, Tammy Verge et Rémi-Pierre Paquin.

Dans les premières semaines, les producteurs voulaient connaître les indisponibilités des artistes pour les semaines à venir et certains cherchaient même à réserver des plages horaires aussi tôt que juin. Des efforts et des heures de travail qui seront finalement avérés vains, alors que la reprise pour le milieu culturel ne se pointe pas dans un avenir rapproché.

Dans les circonstances actuelles et tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas un vaccin, Mme St-Laurent voit mal comment un tournage pourrait avoir lieu. Exiger un confinement de 14 jours avant un tournage relèverait de l’utopie, alors que tourner une série s’échelonne sur trois mois et un téléroman, sur huit à dix mois. Et aucune compagnie d’assurance n’accepterait de couvrir un tel plateau à l’heure actuelle.

Sans compter l’enjeu des scènes qui peuvent être jouées à deux mètres de distance. Le casse-tête est le même au théâtre.

Chez Groupe Phaneuf, producteur de spectacles et agence d’artistes, les spectacles prévus en 2020 sont reportés un mois à la fois, au rythme des recommandations du gouvernement.

«La première semaine a été épouvantable pour tout le monde, soutient le président Benjamin Phaneuf. Tout s’est arrêté abruptement.»

Groupe Phaneuf représente de nombreux humoristes dont Louis-José Houde, Simon Gouache, Simon Leblanc, Maude Landry, ainsi que des animateurs (Émilie Perreault, Pierre-Yves Lord, etc.).

C’est dans les premiers jours de la crise que l’agence a reçu le plus d’appels des artistes inquiets pour la suite. La situation s’est stabilisée depuis.

«Après une bonne discussion positive, tu es bon pour quelques jours», dit M. Phaneuf en riant, tout en admettant qu’être agent d’artistes peut impliquer parfois de «jouer au psy».

Offre diversifiée

Devant un calendrier devenu vide du jour au lendemain, Groupe Phaneuf a diversifié son offre d’événements corporatifs, désormais en mode virtuel.

Pas besoin de pantalon, avec François Bellefeuille

En plus des vidéos préenregistrées qui répondent à des demandes sur mesure d’entreprises, les événements Zoom se sont imposés. Pas besoin de pantalon de François Bellefeuille est l’un de ces formats qui s’est fait rapidement connaître. Les humoristes Sam Breton, Guillaume Pineault et Julien Lacroix se sont aussi lancés dans cette nouvelle formule.

«Ce ne sont pas des conférences ou des webinaires, le ton est humoristique, décrit Benjamin Phaneuf. L’artiste discute avec les gens, ce sont des échanges très drôles. Les gens peuvent intervenir ou simplement regarder, de chez eux.»

«On découvre de nouvelles choses, poursuit-il. C’est le début, on s’amuse. De toute façon, on n’a pas le choix!»

En parallèle, de nombreux humoristes se sont tournés vers les réseaux sociaux pour y livrer des performances; chacun semble avoir trouvé son créneau. Dans cette avenue, l’entreprise de Longueuil tient un rôle d’accompagnateur pour ceux qui en ont besoin, d’un point de vue technique ou monétaire.

Offrir du contenu gratuit de façon aussi soutenue est-il une arme à double tranchant, considérant toutes ces heures de bénévolat à exercer leur métier? M. Phaneuf ne croit pas. Il cite en exemple Julien Lacroix, qui s’est fait connaître grâce à des capsules web diffusées gratuitement pendant des années. L’an dernier, il a vendu plus de 100 000 billets.

«Nous sommes dans une zone improbable, qui va appartenir à ce moment précis. Certains vont probablement s’essouffler à faire toutes sortes de chose. Le problème, c’est qu’on ne connait pas la durée de ce qui s’en vient.»

Se faire entendre

Chez les comédiens, la radio et les variétés demeurent des avenues possibles. Micheline St-Laurent avance que plusieurs comédiens se sont aussi tournés vers les voix hors-champs pour la publicité.

«Au début, ç’a été beaucoup de travail, juste pour s’organiser: quelques comédiens avaient des micros à la maison. On a fait des tests, pour vérifier si c’était de bonne qualité et pour racheter du matériel au besoin. Les gens se sont créé des studios à la maison. Un acteur a même construit un studio mobile.»

L’agente a confiance que le gouvernement appuiera le milieu, tant d’un point de vue financier que d’un point de vue structurel, pour mettre sur pied des solutions pour la relance. Un soutien qu’elle estime essentiel.

Elle exprime une confiance semblable envers les artistes et les artisans. «On a un beau milieu artistique, qui fonctionne bien. On est quand même débrouillards au Québec, on ne sait pas ce qui va ressortir de ça. Ça nous permettra peut-être de revenir un peu à l’essentiel: tout faire à 350 milles à l’heure, ce n’est peut-être pas la meilleure chose.»

Groupe Phaneuf prépare aussi le retour. Reprendre les spectacles des tournées interrompues semble peu envisageable à court terme, mais dès que ce sera possible, le producteur espère pouvoir offrir des spectacles plus intimes, devant de petites foules.

«On est en standby avec plein de diffuseurs, mentionne M. Phaneuf. Ce n’est pas pour tout de suite, mais quand ce sera autorisé, on sera prêts.»

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S'inscrire  
Me notifier des