Le Café de la COOP Racines sert des croissants 100% beurre depuis 2012 à la communauté de Huntingdon. Ce que plusieurs ne savent peut-être pas, c’est qu’il est un facteur de changement social pour certains de ses jeunes employés qui, sans cela, n’auraient pas d’autre emploi.

L’idée de cette coopérative de solidarité provient de la Table Jeunesse du Haut-Saint-Laurent, mise sur pied en 1999 et regroupant des représentants du CLSC, de la commission scolaire New Frontiers et de la Maison des jeunes.

Quand est venu le temps d’entrevoir le genre de projet qui pourrait être mis de l’avant avec les budgets disponibles, ils ont mis en lumière la problématique touchant de nombreux jeunes décrocheurs sans projet d’avenir et témoignant parfois de problèmes de santé physique ou mentale.  

Leur démarche a permis d’établir que 43% des jeunes adultes vivaient dans ces conditions. De là a surgi l’idée de mettre sur pied une entreprise d’économie sociale qui permettrait à ces jeunes adultes d’accéder au marché du travail en développant leurs habiletés.

«On n’aurait pu imaginer tous les défis que cela représentait, rappelle Nathalie Collins, membre bénévole du conseil d’administration de la COOP, que ce soit pour l’obtention des équipements commerciaux ou la permission du gouvernement pour utiliser beurre pur.»

Après avoir passé le processus d’obtention des permis et procédé à l’achat d’équipements sur Kijiji, le café a pu finalement ouvrir ses portes. Aujourd’hui, une vieille porte provenant de la grande de Nathalie a été reconditionnée pour servir de table, les tablettes regorgent de produits faits localement et les clients se délectent du café et des sandwichs servis sur place.

Au cours des trois dernières années, le petit resto a procuré de l’emploi régulièrement à six ou sept jeunes via des programmes d’employabilité assortis d’une formation en cuisine. L’équipe prépare également des repas à l’école secondaire Arthur-Pigeon, une collaboration qui lui permet d’économiser sur le volume d’achat.

L’entreprise ne peut toutefois se passer du financement public puisqu’elle offre ses produits à un tarif inférieur à ceux des grands centres. «La population d’ici ne paierait pas ces prix-là, explique Mme Collins.

Un autre défi réside dans les salaires accordés au chef à temps plein et au  coordonnateur, qui agit aussi à titre de conseiller, pour répondre aux pépins du quotidien. «C’est un immense défi de s’assurer que le personnel soit à l’heure, affirme Nathalie. Nous les conseillons constamment sur des sujets comme la maternité, la consommation de drogue ou sur leur budget personnel.» Il faut comprendre que la COOP ne dispose pas d’un processus de sélection des candidats et les embauche sans tenir compte de leur bagage de vie.

Nonobstant l’immense défi logistique que représente ce projet, le Café a changé la vie de plusieurs jeunes, dont un ex-employé qui est maintenant à l’emploi du Collège John-Abbott et un autre qui a été embauché à La Petite Grange.

«Ça vaut la peine, juste de voir qu’un membre de l’équipe a amélioré sa qualité de vie, cela prouve que nous avons contribué à changer leur vie», conclut Nathalie Collins.

Traduit par Mario Pitre