L’Alzheimer éprouvante pour les proches: Aidants naturels à vie

Par Denis Bourbonnais
L’Alzheimer éprouvante pour les proches: Aidants naturels à vie
Aidants naturels à temps plein

SALABERRY-DE-VALLEYFIELD – Des aidants naturels à temps plein sont prêts à pousser leurs capacités jusqu’à l’extrême limite de l’épuisement pour continuer à demeurer sous le même toit qu’un proche atteint de la maladie d’Alzheimer.

Le Journal a rencontré quatre personnes de la région qui doivent vivre au quotidien avec un proche dont les facultés sont diminuées ou réduites à néant par cette maladie irréversible qui détruit les cellules du cerveau pour causer des troubles de la pensée et de la mémoire.

Un résumé de l’entrevue pourrait être condensé en quelques mots : l’amour est plus fort que la maladie. Bien que ces proches aidants bénéficient de précieux services dispensés par la Société d’Alzheimer et le CLSC, le poids des tâches liées aux soins prodigués à un être cher est lourd. Malgré tout, ces personnes préfèrent demeurer au côté de leurs bien-aimés.

Réal Brunet, un résidant des Coteaux âgé de 85 ans, côtoie son épouse Thérèse depuis 64 ans. Sa compagne de vie a démontré des signes de la maladie en 2010. «Ce n’était pas évident de s’en rendre compte. Son état s’est détérioré et elle a commencé à être dépareillée. Quand elle a placé la crème glacée dans le micro-ondes et perdu une manette de télé dans des bottes, je n’ai pas eu d’autre choix que de consulter un médecin qui a confirmé qu’elle avait la maladie d’Alzheimer», a relaté l’octogénaire.

Aujourd’hui, Thérèse ne reconnaît plus son époux mais la situation ne change rien à l’affection qu’il ressent pour sa conjointe de toujours. «Elle s’est mise à m’appeler vous. C’était fatiguant de la voir dans cet état. Ça fait mal mais je vais garder ma femme le plus longtemps possible avant de penser à la placer dans un centre spécialisé. Au moins, la nuit on peut se réchauffer et elle peut dormir dans mes bras», de signifier M. Brunet.

Rester au chevet de son épouse constitue un engagement de 24 heures par jour et de 7 jours par semaine. Il arrive maintenant à M. Brunet de faire de la bouffe et depuis quelques années, il peut compter sur l’aide du CLSC qui offre les services d’une intervenante une dizaine d’heures par semaine.

Adaptation difficile

Pierre Tanguay, de Coteau-du-Lac, s’est inquiété quand il a constaté les pertes de mémoire de son épouse Nicole. «Je lui demandais de faire des choses de routine comme le ménage et elle se cherchait. Une fois que le médecin a donné son diagnostic, l’adaptation a été difficile», rappelle le retraité de Goodyear.

Trois ans plus tard, la maladie a atteint un stade avancé et Mme Tanguay habite toujours la maison du couple. «Je m’occupe pas mal de tout et elle se fie à moi. Ma fille me donne un coup de main, ce qui me permet d’aller à la halte-répit de la Société d’Alzheimer deux fois par semaine. Si son état de santé continue de se dégrader, je devrai penser à des soins plus pointus», reconnaît M. Tanguay.

Guy Richer héberge sa mère âgée de 90 ans depuis 30 mois et il a formulé une demande à la Société Alzheimer pour obtenir les soins nécessaires. «Je dois partir tôt le matin afin d’être de retour à 15h30 alors que ma conjointe s’occupe de ma mère le jour. Elle est semi-autonome mais ça commence à être pesant. Ce n’est pas de gaieté de cœur, mais j’ai demandé de l’aide», a indiqué l’homme de 65 ans, qui se rend à la halte-répit 3 jours par semaine.

Le résidant de Soulanges a par ailleurs déploré les délais causés par la saturation des services de santé. «J’ai attendu 9 mois avant de recevoir la visite d’un intervenant du CLSC pour voir si ma douche était légale. Pourtant, ma mère prenait sa douche seule. Maintenant, c’est réglé et ma douche rencontre les normes, mais je ne l’ai pas digéré», a exprimé M. Richer.

Lucien Gince, qui habite le secteur Saint-Eugène à Salaberry-de-Valleyfield depuis 70 ans, doit composer avec la mémoire déficiente de son épouse Diane. Même si la maladie n’est pas à un stade très avancé, les sujets de conversation se font plus rares. «Souvent, je dis comme elle», de souligner le Campivallensien de 80 ans.

«Quand ma femme a perdu son permis de conduire, elle se demandait pourquoi. Heureusement, les médicaments ralentissent le degré de démence, tout comme la musicothérapie. La Société d’Alzheimer aide beaucoup. C’est apprécié quand une intervenante vient à la maison le mardi et le vendredi. Ça rallonge ta vie», a attesté M. Gince.

Tonya Thibodeau, directrice générale de la Société Alzheimer du Suroît, devait clore la discussion en signalant que les aidants naturels doivent identifier leur niveau d’épuisement. «La majorité des gens veulent garder leurs proches le plus longtemps possible, mais il faut reconnaître ses limites», devait-elle conclure.

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