Les enfants des autres…


Publié le 28 février 2017

Malgré toutes les campagnes de sensibilisation, il est faux de prétendre que l’intimidation soit chose du passé. Parlez-en à mon ami Jaco.

J’ai un ami qui vit une situation particulière. Lorsque je dis qu’il est mon ami, c’est sûrement que je vois plus loin que sa problématique. Pour moi, sa réalité ne m’empêche pas de le considérer comme un gamin incroyable, du haut de ses 7 ans.

Mon ami, je l’appelle Jaco. Ce n’est pas son vrai prénom, mais pour maintenir son identité confidentielle, je vais l’appeler par son sobriquet. Ce gamin est le fils d’un couple d’amis. Entre lui et moi, ça a cliqué instantanément. Oui je l’avoue, il déplace beaucoup d’air puisque Jaco souffre de TDAH et que son allocution n’est pas parfaite. Mais, il me fait tellement rire et j’aime bien l’observer discrètement. Faire cet exercice pendant seulement cinq minutes permet de constater à quel point ce petit garçon est d’une bonté et d’une générosité hors du commun.

Je pourrais passer plusieurs paragraphes pour parler de mon petit ami. Mais, le but n’est pas de le faire connaître, mais bel et bien de sensibiliser les gens au problème de l’intimidation. À l’école, Jaco se fait battre, cacher ses effets personnels, ridiculiser et se fait même menacer. Tout cela, car il est différent.

Lorsque le sujet de l’intimidation prend la place dans une conversation, tous les gens s’indignent de ce fléau. Chacun y va de son histoire d’horreur et habituellement, après deux ou trois minutes, quelqu’un affirme: «Moi si mon enfant faisait de l’intimidation, ça n’irait pas bien.»

Donc, si je prends ce raisonnement, les élèves qui intimident mon ami Jaco sont tous orphelins. Ce ne sont jamais nos enfants. C’est triste de constater que personne n’accepte que sa progéniture puisse commettre des gestes qui exigeront des heures et des heures de consultation pour réparer les torts qui rongent les victimes d’intimidation. Il serait trop facile de penser que les commissions scolaires disposent d’un programme de lutte à l’intimidation et que tout est en place. Le vrai travail commence à la maison autour de la table.

Je sais, c’est vraiment facile à dire. Vraiment plus facile qu’à faire. Est-ce que vous vous êtes déjà assis avec un enfant pour lui parler d’intimidation? Si oui, il est évident qu’il vous a dit que jamais il n’en a fait, mais qu’il connaît quelqu’un qui a déjà posé le geste. Cependant, plutôt que de lui demander, je vous invite à lui mentionner que l’intimidation fait des victimes comme mon ami Jaco.

Parlez-lui des conséquences. Parlez-lui des matins où Jaco n’a pas envie d’entrer dans la cour d’école puisque, du haut de ses 7 ans, il sait très bien ce qu’il l’attend. Parlez-lui que de s’en prendre aux gens différents n’est pas un signe de force, mais plutôt un signe de faiblesse. Finalement, dites-lui que, comme il n’a jamais rien fait, puisque c’est seulement les enfants des autres qui agissent ainsi, vous ne serez jamais dans l’obligation de ré-aborder le sujet. Après tout, ce n’est jamais nos enfants.