L'histoire autochtone revue par l'anthropologue Roland Viau

Mario Pitre mario.pitre@tc.tc
Publié le 18 décembre 2015

Roland Viau se définit comme un anthropologue de formation, amérindianiste par choix, et historien par méthode.

©TC Média Pierre Langevin

À l'heure de la Commission de vérité et réconciliation avec les peuples autochtones et du sort réservé aux femmes autochtones, l'anthropologue Roland Viau apporte un éclairage différent sur l'histoire des peuples autochtones dans son ouvrage intitulé «Amérindia».

L'histoire amérindienne vient défaire l’idée reçue selon laquelle les cultures et sociétés autochtones étaient soi-disant primitives ou sauvages, comme le disaient les explorateurs européens. Roland Viau

Publié aux Presses de l'Université de Montréal, ce volume réunit divers essais colligés par l'auteur au cours des dernières années sur ce thème, avec toute la rigueur intellectuelle qu'on lui reconnaît.

Chercheur-enseignant au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal depuis 1988, Viau détient un Doctorat dans cette discipline scientifique.

Son premier volume, «Enfants du néant et mangeurs d’âmes, guerre, culture et société en Iroquoisie ancienne», publié chez Boréal en 1997, a remporté le prestigieux Prix du Gouverneur général dans la catégorie essai.

Dans «Amérindia», celui-ci explore à la fois des notions d'histoire, mais aussi d'ethnologie et d'archéologie pour présenter une perspective des peuples autochtones différente de celle apprise dans l'histoire traditionnelle. Outre les documents écrits, l'auteur fouille l'histoire autochtone canadienne à travers les artéfacts, la tradition orale et leur patrimoine naturel. Un croisement du travail d’archives et de l’enquête de terrain.

«Les objets ne sont pas insignifiants, dit-il, ils sont remplis de sens, il suffit de savoir les interroger».

Des événements revisités

C'est dans cette mesure que Roland Viau aborde divers épisodes de l'histoire sous un angle nouveau, comme par exemple l'impact insoupçonné des premiers voyages de Jacques-Cartier. Lors de son 3e séjour en 1541 en compagnie de Roberval, l'arrivée de quelque 500 personnes et de nombreux animaux d'élevage aurait entraîné une importante transmission de bactéries dans la bourgade iroquoienne d'Hochelaga et expliquerait par le fait même sa disparition dans les années suivantes. Les épidémies qui ont frappé les communautés autochtones auraient donc eu lieu dès le 16e siècle et pas uniquement en raison des maladies transmises par les humains.

Par ailleurs, à la veille des festivités entourant le 375e anniversaire de Montréal, Roland Viau se penche de manière détaillée sur la présence iroquoienne de Hochelaga en la situant dans l'arrondissement Ville-Marie, «possiblement sur la terrasse qui longe le sud du mont Royal, à la hauteur des avenues Docteur-Penfield, Des Pins et Cedar.»

Ce ne sont là que quelques exemples de l'immense somme d'information sur les peuples autochtones d'ici que nous livre Roland Viau dans son «Amérindia», assortie d'une documentation amplement étoffée. L'ouvrage qui s'adresse d'abord aux étudiants en études autochtones et aux archéologues, ethnologues et historiens spécialisés sur le sujet, demeure néanmoins d'intérêt pour quiconque s'intéresse aux peuples autochtones.  

Il s'inscrit surtout dans une mouvance qui prévaut ces temps-ci pour une meilleure compréhension des peuples autochtones et de leur apport dans le développement de notre société.

«Amérindia» a été lancé officiellement en présence de nombreux parents et amis de l'auteur jeudi dernier, 17 décembre, au chalet du parc Delpha-Sauvé. L'ambiance était agrémentée de mets amérindiens, exposition de reproductions d'artéfacts et des œuvres de l'artiste-peintre Diane St-Georges.

Ce lancement, que l'auteur a voulu organiser dans son patelin, nous rappelle également l'expertise développée dans la région sur les peuples iroquoiens, notamment au site Droulers-Tsiionhiakwatha et à la Pointe-du-Buisson.