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Quand l’appétit va, tout va

Les demandes de repas ont doublé en trois ans à la Popote roulante


Publié le 31 mars 2017

Anita Fortin utilise le service de la Popote roulante depuis une quinzaine d’années.

©(Photo TC Média - Pierre Langevin)

La Popote roulante de Valleyfield est plus qu’un service de livraison de repas. Pour la grande majorité des 600 bénéficiaires, il s’agit d’un bonjour presque quotidien qui se savoure comme une soupe chaude réconfortante.

La 12e Semaine québécoise des popotes roulantes se termine le  1er avril. Le thème de cette année Alimenter le maintien à domicile un repas à la fois prend tout son sens à Valleyfield. «Il y a trois ans, on distribuait 23 000 repas par année tandis qu’on en sert désormais près de 45 000, indique Isabelle Lachance, directrice de l’organisme. À Valleyfield, on fait face à une population vieillissante. Selon les statistiques de février, sur une population de 40 000 habitants, on parlait de 19 000 aînés de 65 ans et plus. On m’a déjà avisée que mes demandes seraient en hausse. »

On n’aime pas se faire dire qu’on est des livreurs de pizza. On est une vigie. Le livreur de pizza ne se préoccupe pas du bien-être des gens comme nous.

Isabelle Lachance

Isabelle Lachance, directrice de la Popote roulante de Salaberry-de-Valleyfield depuis trois.
(Photo TC Média - Pierre Langevin)

Une nutrition de qualité est un élément important d’une bonne santé et du maintien de l’autonomie.

Outre les gens du troisième âge, des gens handicapés, malades ou en convalescence peuvent commander des repas de la Popote roulante. «Près du tiers des personnes qui font appel à nos services n’ont pas de personnes dans leur entourage à proximité, explique Mme Lachance. Lors de la livraison, les bénévoles échangent avec les bénéficiaires. Ils prennent des nouvelles et s’assurent qu’ils vont bien. »

Le Journal Saint-François a participé à la distribution de repas jeudi matin. Il a ainsi pu constater tous les bienfaits procurés par ce service.
(Photo TC Média - Pierre Langevin)

Si les bénévoles n’ont pas de réponse, ils s’assurent d’établir un contact dans l’après-midi. Un membre de la famille est contacté pour assurer le suivi s’il n’y a pas de retour.

«La plupart des bénévoles sont des infirmières ou des enseignants à la retraite. Ils ont le don de soi en eux, concède la directrice. Ce sont eux la mine d’or de la Popote. C’est environ 10 000 $ en frais d’essence qu’ils assument. »

Le même goût que chez soi

Mme Champagne savoure les repas du service alimentaire depuis quelques mois seulement. Des mets chauds et savoureux assure-t-elle.
(Photo TC Média - Pierre Langevin)

«On visite nos bénéficiaires de 3 à 5 fois par semaine. Il se crée des liens, les gens nous font des confidences. Des fois, nous sommes leur seule visite de la journée», confie la directrice.

Anita Fortin apprécie le service depuis une quinzaine d’années. L’octogénaire était alors aidante naturelle et s’occupait de sa mère. Récemment, sa sœur qui habitait avec elle, a dû se diriger vers une résidence à Coteau-du-Lac. Jeudi matin, elle a offert un chaleureux câlin à Isabelle Lachance après la courte visite.

Mme Champagne réside non loin avec son conjoint. Les repas de la popote viennent combler son appétit depuis quelques mois. «On n’utilise pas le service chaque jour, a-t-elle mentionné au moment de recevoir son poulet cacciatore servi avec une crème de légumes et un carrée aux dattes. Mon mari aime mieux les repas avec du fromage, ce qui n’est pas mon cas. Les repas sont bons et des journées, ça nous tente moins de cuisiner. »

Isabelle Lachance le confirme, l’essayer, c’est l’adopter. «Souvent, les gens débutent avec un ou deux repas par semaine, souligne-t-elle. Ils voient que c’est cuisiné comme à la maison et finissent par utiliser le service davantage. »

La Popote roulante réussit à maintenir son service avec le même budget même si la demande a doublé en trois ans.
(Photo TC Média - Pierre Langevin)

Les repas ont tous été vérifiés par des nutritionnistes. Le menu est également varié si bien qu’il propose des repas différents pendant 16 semaines. «Les boulettes aux pêches sont populaires si bien qu’il arrive que certains en commandent deux repas pour en faire congeler pour plus tard», avoue Mme Lachance.

Faire plus avec peu

Le budget n’a malheureusement pas connu la même inflation. Le service alimentaire maintient sa mission avec un budget d’environ 340 000 $. Environ le tiers sert à acheter la nourriture. Environ 5 % provient d’une contribution de Moisson Sud-Ouest depuis octobre dernier seulement. La banque alimentaire offre également beaucoup de produits comme des desserts ou des collations qui viennent bonifier le repas. Des commerçants offrent aussi des dons sous forme de denrées. Sinon, Chantal Lefort du service alimentaire de l’hôpital à aider la Popote roulante à se prévaloir des mêmes tarifs auprès de ses fournisseurs.

Environ 180 repas de poulet cacciatore, avec soupe et dessert, étaient distribués jeudi matin.
(Photo TC Média - Pierre Langevin)

«Le budget est le même depuis trois ans, confirme Mme Lachance. On reçoit 89 000 $ du Programme de soutien aux organismes communautaires. On doit trouver des subventions et des contributions de clients. On s’est fait refuser une subvention récemment en nous répondant qu’on vendait des repas dans un but lucratif, ce qui est faux. »

Le bilan financier de l’an dernier s’est terminé avec un surplus d’environ 3000 $. Celui de 2017 devrait être écrit à l’encre rouge pour un montant similaire.

La Popote roulante de Valleyfield en quelques chiffres

Environ 45 000 repas livrés en 2016

Environ 25 000 repas chauds livrée les mardi, jeudi et vendredi

16-17 000 repas congelés livré le mercredi

1100-1200 repas adaptés pour aînés en collaboration avec les centres hospitaliers et Dr. Aimé-Leduc

Tarifs

6,50 $ pour un repas chaud qui comprend aussi une souper et un dessert

5,50 $ pour un repas congelé

Historique

La Popote roulante existe depuis 1971. Elle a été fondée et gérée par l’Institut des sœurs du Bon-Conseil. Depuis 1991, l’organisme est devenu indépendant. Il loge au sous-sol du Carrefour du partage, rue Saint-Pierre. Le bail se conclut l’an prochain et le service devra être relocalisé.

On contacte la Popote roulante de Salaberry-de-Valleyfield au 450 377-4380

Personnel

Deux employés et demi

Trois cuisinières rémunérées

Six aides en cuisine grâce à des programmes d’insertion sociale ou du Centre d’éducation en milieu ouvert (CEMO)

70 livreurs/baladeurs bénévoles

Projets envisagés

Élargir le service à Saint-Stanislas-de-Kostka où il y a un besoin

Se doter d’une site Internet pour étendre sa visibilité

Le tout dépend évidemment du financement