Projet de loi 70 : le milieu communautaire inquiet

Steve Sauvé steve.sauve@tc.tc Publié le 17 novembre 2015

Claude Théorêt, de l’organisme Pact de rue à gauche et André Couillard de la Maison d’hébergement dépannage Valleyfield à droite, se disent inquiets du projet de loi 70 proposé par le ministre de l’Emploi Sam Hamad.

©Tc Média archives

Le projet de loi 70 déposé le mardi 10 novembre par le ministre de l'Emploi, Sam Hamad, fait place à plusieurs inquiétudes dans la région. Hausse de la criminalité, travail au noir et suicide, les opinions sont peu positives.

Impliqué directement auprès de la clientèle ciblée, Claude Théorêt de l’organisme Pact de rue dit craindre pour l’avenir. «Ça va péter un moment donné. C’est fou le projet de loi 70. Cette mesure va se traduire par une hausse de la détresse sociale», s’indigne Claude Théorêt.

Certaines personnes pourraient se retourner vers la criminalité afin de gagner de l’argent. «Une fois que le jeune va voir que la société lui ferme des portes, j’ai peur des choix qu’il fera. On retourne au Moyen âge avec ce projet de loi. Québec aime mieux engraisser les mieux nantis il faut croire», martèle M. Théorêt.

Même son de cloche auprès d’André Couillard, coordonnateur de la ressource Maison hébergement dépannage Valleyfield. Toutefois, M. Couillard est plus catégorique et cru dans ses propos. «Cette mesure ne vaut pas de la ma… si les gens touchés n’ont pas de soutien, insiste-t-il. Présentement, le ministre dit que les demandeurs de prestations d'aide sociale n'ayant aucune contrainte particulière devront s'inscrire à une démarche de recherche d'emploi, sous peine de pénalité financière. Pourquoi ne pas mettre en place une mesure d’encouragement à la place ?», questionne André Couillard.

Fier d’être pauvre?

Dans sa réflexion sur le sujet, M. Couillard n’hésite pas pour affirmer que cette mesure a pour seul objectif de satisfaire les gens qui dénigrent les jeunes assistés sociaux. «Allez demander à un pauvre s’il est fier de l’être. Les gens vivant de l’aide sociale ne sont pas plus paresseux que les autres. C’est souvent même le contraire, mentionne M. Couillard. Là, ce qui va arriver c’est que les jeunes vont se tourner vers le travail au noir pour réussir à manger et à vivre.»

Même sur le point du travail au noir, André Couillard ne se fait pas tendre. «Les gens disent que les assistés sociaux travaillent volontairement au noir. Personne ne blâme les gens qui les engagent. Partout où nous avons la possibilité de payer sans facture, on le fait. Qui n’engage pas un peintre ou un coupeur de gazon pour des travaux? Souvent on ne prend pas de facture pour sauver de l’argent. Que va faire cette personne qui travaille au noir? Elle va dépenser son argent. Elle ne le mettra certainement pas dans des paradis fiscaux.»

Noëlla Gagnon, directrice du Café des Deux Pains corrobore les dires des deux hommes. «La nouvelle loi n’aura pas d’effets très positifs, atteste Mme Gagnon. Les jeunes qui seront catégorisés par la nouvelle mesure se retrouveront forcément dans notre ressource pour se nourrir.» 

Qui sont les assistés sociaux sans contraintes au Québec?

67,3 % : Personnes seules

58,6 % : Hommes

40,3 % : 35 ans et moins

54,8 % : Aucun diplôme scolaire

7,8 % : Diplôme collégial ou universitaire

77,5 % : Prestataires depuis deux ans et plus

37,6 % : Prestataires depuis dix ans et plus

* Source : Ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale

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Steve Sauvé steve.sauve@tc.tc Publié le 17 novembre 2015

Claude Théorêt, de l’organisme Pact de rue à gauche et André Couillard de la Maison d’hébergement dépannage Valleyfield à droite, se disent inquiets du projet de loi 70 proposé par le ministre de l’Emploi Sam Hamad.

©Tc Média archives


Le projet de loi 70 déposé le mardi 10 novembre par le ministre de l'Emploi, Sam Hamad, fait place à plusieurs inquiétudes dans la région. Hausse de la criminalité, travail au noir et suicide, les opinions sont peu positives.

Impliqué directement auprès de la clientèle ciblée, Claude Théorêt de l’organisme Pact de rue dit craindre pour l’avenir. «Ça va péter un moment donné. C’est fou le projet de loi 70. Cette mesure va se traduire par une hausse de la détresse sociale», s’indigne Claude Théorêt.

Certaines personnes pourraient se retourner vers la criminalité afin de gagner de l’argent. «Une fois que le jeune va voir que la société lui ferme des portes, j’ai peur des choix qu’il fera. On retourne au Moyen âge avec ce projet de loi. Québec aime mieux engraisser les mieux nantis il faut croire», martèle M. Théorêt.

Même son de cloche auprès d’André Couillard, coordonnateur de la ressource Maison hébergement dépannage Valleyfield. Toutefois, M. Couillard est plus catégorique et cru dans ses propos. «Cette mesure ne vaut pas de la ma… si les gens touchés n’ont pas de soutien, insiste-t-il. Présentement, le ministre dit que les demandeurs de prestations d'aide sociale n'ayant aucune contrainte particulière devront s'inscrire à une démarche de recherche d'emploi, sous peine de pénalité financière. Pourquoi ne pas mettre en place une mesure d’encouragement à la place ?», questionne André Couillard.

Fier d’être pauvre?

Dans sa réflexion sur le sujet, M. Couillard n’hésite pas pour affirmer que cette mesure a pour seul objectif de satisfaire les gens qui dénigrent les jeunes assistés sociaux. «Allez demander à un pauvre s’il est fier de l’être. Les gens vivant de l’aide sociale ne sont pas plus paresseux que les autres. C’est souvent même le contraire, mentionne M. Couillard. Là, ce qui va arriver c’est que les jeunes vont se tourner vers le travail au noir pour réussir à manger et à vivre.»

Même sur le point du travail au noir, André Couillard ne se fait pas tendre. «Les gens disent que les assistés sociaux travaillent volontairement au noir. Personne ne blâme les gens qui les engagent. Partout où nous avons la possibilité de payer sans facture, on le fait. Qui n’engage pas un peintre ou un coupeur de gazon pour des travaux? Souvent on ne prend pas de facture pour sauver de l’argent. Que va faire cette personne qui travaille au noir? Elle va dépenser son argent. Elle ne le mettra certainement pas dans des paradis fiscaux.»

Noëlla Gagnon, directrice du Café des Deux Pains corrobore les dires des deux hommes. «La nouvelle loi n’aura pas d’effets très positifs, atteste Mme Gagnon. Les jeunes qui seront catégorisés par la nouvelle mesure se retrouveront forcément dans notre ressource pour se nourrir.» 

Qui sont les assistés sociaux sans contraintes au Québec?

67,3 % : Personnes seules

58,6 % : Hommes

40,3 % : 35 ans et moins

54,8 % : Aucun diplôme scolaire

7,8 % : Diplôme collégial ou universitaire

77,5 % : Prestataires depuis deux ans et plus

37,6 % : Prestataires depuis dix ans et plus

* Source : Ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale